
La renaissance des grandes orgues, patrimoine du XXᵉ siècle
Un projet de reconstruction, de restauration, de modernisation et de valorisation.

Avant-propos
Il y a autant de plaisir à donner qu’à recevoir.
À une époque qui a tant besoin d’espérance, de partage
et d’enracinement, faire renaître les grandes orgues de Valognes, ce n’est pas seulement restaurer une belle machine que l’on mettrait sous cellophane. Dans un siècle qui semble si fragile, incertain et bouleversé, cela ne doit jamais éteindre notre flamme.
Cet instrument majestueux, résolument moderne,
en est pleinement la preuve. Il est né de l’espérance, de la paix
et de la liberté retrouvées, après que Valognes fut détruite
à hauteur de 60 % durant la Seconde Guerre mondiale. Au milieu d’un paysage apocalyptique, de rues et d’immeubles meurtris
et défigurés par les bombes incendiaires, il a fallu reconstruire, imaginer et croire à nouveau en l’avenir.
Photo : Studio Radio Ici Cotentin - 2026
N’ayons pas peur ! Ayons le courage de croire, avec le même esprit que nos aînés. C’est dans cet esprit que nous avons souhaité, à l’âge de 24 ans, nous donner sans compter pour sauver ce témoin de l’histoire, qui a failli disparaître en 2020, alors que les bras se baissaient peu à peu et que beaucoup considéraient que le financement d’un tel projet était le seul obstacle.
Notre projet est de croire, de valoriser pleinement ce patrimoine, de l’adapter aux besoins de notre époque et d’en faire une véritable source de joie, d’accompagnement, de partage et de pédagogie auprès des plus jeunes, au cœur du Cotentin.
On ne restaure pas une machine, on restaure la vie.
Guillaume Lechevalier-Boissel,
président des Amis de l'orgue de Valognes
Valognes au cœur du Cotentin
Au cœur du Cotentin, en Normandie, Valognes
est une ville d’art et d’histoire, riche d’un patrimoine remarquable qui lui vaut depuis longtemps
le surnom de « Versailles normand ».
Desservie par la ligne ferroviaire Paris–Cherbourg, elle occupe une position centrale au sein
de la presqu’île du Cotentin.


Faire vivre les savoir-faire et les artistes
Une telle restauration permet la valorisation et la transmission des savoir-faire français. Ces chantiers intègrent toujours
la formation de nouveaux apprentis désireux d’apprendre chaque geste ancestral. La main-d’œuvre nécessaire à un tel projet représente près des trois quarts de son coût global. C’est le prix d’un travail réalisé avec soin, dans le respect des savoir-faire
et avec la volonté de construire durablement.
Un patrimoine original et vivant
Loin d’être destiné aux seuls habitants de Valognes ou aux paroissiens, le grand orgue a vocation à devenir un lieu
de rencontre, de découverte et de transmission, rayonnant
à l’échelle nationale et internationale.
Propriété de la commune et accessible 7 jours sur 7, l’église Saint-Malo permettra à l’orgue de retrouver une véritable place dans la vie culturelle de Valognes : concerts, visites, actions pédagogiques et création d’une classe d’orgue contribueront
à faire vivre cet instrument.
Cette restauration et cette modernisation constituent un véritable tournant : grâce à ses nouvelles possibilités sonores
et technologiques, le grand orgue pourra devenir
un ambassadeur de Valognes et du Cotentin, bien au-delà
de sa fonction liturgique.
Un projet de restauration en profondeur

Archives autour de 1980
Photo recolorisée de Pascal Moraweck (Valognes) :
Première restauration : dépose partielle de l’orgue pour dépoussiérage et agrandissement.
Photo prise le 4 septembre 1981 :
La veille de l'inauguration avec Michel Jolivet aux claviers, Dargassie, Dutoit et Pascal Moraweck au premier plan, organiste sur l'orgue de Valognes de 1971 à 1988.

Coût de l'opération d'après l'expertise
4020 heures
12 mois de travaux
432 000 euros HT
(Coût fourniture et main d'œuvre)
Nota. août 2026 : évolution du projet de base, l'estimation sera prochainement modifiée
(pas à la hausse et pour un meilleur résultat)
Bilan de l'expertise
La structure porteuse de l’orgue est victime d’une invasion spectaculaire de la vrillette, insecte ravageur qui détériore dangereusement le bois. La charpente ainsi que les sommiers ne pourront pas être conservés. L’électrification et l'électronique des années 60 ne sont plus aux normes et présentent une usure normale du temps. Les 2300 tuyaux de l'instrument sont empoussiérés, désaccordés et, pour certains, pliés et muets. En ce qui concerne la console, la plateforme fixe est dégradée et les parois du meuble en contre-plaqué (placage en chêne) sont endommagés ; il en est de même pour la quincaillerie et les claviers.
L'orgue doit évoluer avec les exigences de son temps
L'instrument dans son état actuel a été créé de manière à pouvoir répondre aux exigences de l'accompagnement liturgique sous la nouvelle réforme de Vatican II. On le voit notamment avec le placement fixe du meuble des claviers (la console) au cœur des fidèles dans la nef. La composition sonore, quant à elle, est adaptée aux répertoires du XVIIe au XXe siècle.
La restauration, désormais inévitable, se présente comme une réelle opportunité pour faire entrer l'instrument dans le XXIe siècle. De grandes évolutions sont à venir comme celle de la console qui deviendra mobile ; le système de pilotage de l’orgue sera informatisé. La composition va évoluer avec la venue de nouvelles sonorités qui compléteront largement la palette sonore de l'orgue, notamment avec des jeux plus contemporains.
Ces évolutions permettront le développement des activités culturelles sur l'instrument. Une classe d'orgue pourra être créée à Valognes et, ainsi, les musiciens pourront faire des auditions publiques en solo ou avec l'orchestre de l'école de musique de la ville. L'ensemble de ces choix permettra de faire rayonner l'instrument et de le rendre attractif tant localement qu'au-delà de la Normandie.
Découvrir les travaux et les évolutions :
1 - Démontage total de l'orgue et transfert vers un atelier

Photo recolorisée de Pascal Moraweck, (années 80, Valognes) : Dépose de la tuyauterie en métal, en bois et des machineries.
2 - Charpente, porte-vent, soufflets et boîte expressive
Réagencement intérieur de l’instrument
L’intérieur de l’instrument, dans sa configuration actuelle,
est particulièrement complexe et difficile à entretenir au quotidien. Les machines et différents éléments techniques datant des années 1960 occupent une place importante
et limitent considérablement l’accessibilité des différentes parties de l’orgue.
Le remplacement de ces équipements par des technologies modernes permettra de réduire leur encombrement d’environ cinq fois, tout en améliorant considérablement l’accessibilité et les conditions d’entretien de l’instrument.
La charpente, actuellement constituée en grande partie
de bois résineux, sera également partiellement remplacée
et repensée. Certains éléments, notamment les traverses, seront reconstruits à l’aide de profils en acier, offrant ainsi une structure plus robuste, plus stable et mieux adaptée
aux contraintes de l’instrument.
Ce réagencement permettra ainsi de libérer de l’espace
à l’intérieur de l’orgue, de faciliter les interventions
des facteurs d’orgues et d’assurer de meilleures conditions d’entretien et de conservation sur le long terme.

Essences de bois : sur cette photo, on peut apercevoir à gauche de l'épicéa (conifère) et à droite du chêne commun.

Débit en plots : sur cette photo, on peut voir les différentes essences. Le bois est naturellement ventilé afin de sécher sur plusieurs années. Cela permet d'avoir des sections plus stables afin d'éviter les déformations après changement d'environnement une fois usiné.
Cette méthode est très ancienne ; pour la reconstruction de la charpente et des sommiers de l'orgue de Valognes, elle sera utilisée.
Dépose de l’ensemble des sommiers d’origine, pièces maîtresses de l’orgue sur lesquelles sont disposés les tuyaux.
Les sommiers existants présentent aujourd’hui l’inconvénient d’être très difficilement réparables sans procéder à un démontage complet. La conception réalisée à l’époque s’est révélée particulièrement efficace, mais après plusieurs décennies,
les interventions sur ces éléments sont devenues très complexes, voire impossibles dans certaines situations.
Dans le cadre de ce projet de reconstruction, les sommiers seront entièrement refaits à neuf selon une conception traditionnelle, éprouvée et ayant fait ses preuves au fil du temps. Les électro-aimants ainsi que les tirants électriques des jeux seront, contrairement à la disposition actuelle, accessibles depuis l’extérieur des sommiers. Le facteur d’orgues pourra ainsi intervenir rapidement et facilement en cas de panne ou de dysfonctionnement ponctuel, sans nécessiter de démontage lourd.
L’une des grandes nouveautés du projet réside également dans la multiplication des sommiers de type « unit ». Cette conception permet d’isoler différents jeux et d’offrir une plus grande souplesse dans leur utilisation, augmentant ainsi considérablement
les possibilités sonores et les ressources de l’instrument.
Enfin, ces travaux comprendront une mise aux normes complète de l’installation électrique et du câblage de l’orgue, ainsi que du meuble des claviers. Cette modernisation permettra d’améliorer la sécurité, la fiabilité et la pérennité de l’ensemble de l’installation.
3 - Reconstruction des sommiers


Sommier neuf (vue de face) :
Soupapes en action et le tirage des jeux (sons).
Sommier neuf (vue de côté) : la soupape en action.


Électro-aimants sous le sommier (tirage des notes)
Moteur de tirage des jeux sur sommier
4 - La tuyauterie


Restauration de la tuyauterie intérieure
Dépose : première étape, démontage de l'ensemble de la tuyauterie
de la façade pour accéder à l'intérieur de l'orgue et rangement
des tuyaux dans des caisses.

Dépose : sur cette photo, on peut apercevoir un jeu d'anche. (Clairon 4')
Dépose : en attendant d'être dépoussiérée et lavée, la tuyauterie
est rangée par familles de jeux.

Restauration : une fois nettoyé, le tuyau peut être restauré et ressoudé si besoin. Il s'agit de retravailler le métal qui, avec le temps, a été déformé. Sur cette photo on peut voir un "avant" et un "après".
Ajout de tuyaux neufs et de tuyaux d'occasion

Exemple : façonnage d’un nouveau jeu

Tuyaux en bois d'occasion Gloton-Debierre (Bourdon 16)

Exemple : au premier rang, jeu du Cromorne 8
La grande façade de l'orgue, composée de 146 tuyaux


Conservation et restauration de la façade
Les tuyaux de façade, d’une hauteur comprise entre 2,00 m et 5,50 m, sont principalement réalisés en zinc électrolytique, avec des écussons
et des entailles d’accord en étain. Lors de la construction de l’orgue
en 1969, la manufacture Beuchet-Debierre avait retenu cette solution mixte, l’étain étant alors particulièrement coûteux et difficile
à se procurer.
Avec le temps, le zinc a pris un aspect sombre et mat, et certains tuyaux présentent aujourd’hui des déformations nécessitant un redressage.
Le remplacement de la façade par des tuyaux entièrement en étain
a été envisagé.
Après examen, une solution de restauration permet finalement
de conserver les tuyaux d’origine : un polissage général, suivi
de l’application d’un vernis protecteur, leur redonnera éclat et stabilité. Un premier essai réalisé sur un tuyau, visible sur la photographie, montre déjà une transformation spectaculaire de son aspect.
Cette intervention permettra ainsi de préserver la façade historique
tout en lui redonnant une apparence proche de son éclat d’origine.
5 - Alimentation et moteur

Moteur turbine électrique de orgue : c'est lui qui donne l'air nécessaire pour alimenter les différents réservoirs (poumons) de l'instrument. Il sera changé si le facteur d'orgues estime qu'il est insuffisant pour alimenter l'ensemble des tuyaux.

Les réservoirs d’air permettent d’alimenter
les sommiers de l’orgue en air sous pression, grâce à un réseau de porte-vent.
Les réservoirs existants seront restaurés
et de nouveaux seront construits afin
de s’adapter à la nouvelle organisation
de l’instrument et de garantir les ressources
en air nécessaires à son fonctionnement.
6 - Console mobile

Modernisation du meuble des claviers (la console)
La console d’origine sera entièrement reconstruite, tout
en respectant fidèlement son style. Il convient de rappeler qu’elle a déjà subi plusieurs transformations au cours
de l’histoire de l’instrument et ne se trouve donc plus aujourd’hui dans son état d’origine. Certains éléments historiques seront toutefois conservés et réemployés, notamment le pédalier et la plaque d’adresse
de la manufacture Beuchet-Debierre, afin de préserver
le lien avec l’instrument d’origine.
La nouvelle console sera conçue pour être mobile.
Deux stations de branchement seront installées dans la nef et reliées au grand orgue, permettant de connecter
la console à l’aide d’un câble de 30 mètres, selon les besoins. Elle sera installée sur un podium mobile équipé de roulettes afin de pouvoir être déplacée facilement.
Contrairement à la console actuelle, la nouvelle construction sera réalisée en chêne massif, dans un souci de qualité et de pérennité, tout en conservant l’esthétique générale de l’instrument.
Enfin, la répartition des plans sonores sera entièrement repensée. Alors que l’orgue dispose actuellement de deux claviers manuels et d’un pédalier, la nouvelle console comportera trois claviers manuels et un pédalier. Cette évolution permettra
de multiplier les possibilités de séparation, de combinaison et de superposition des jeux, offrant ainsi à l’organiste une palette sonore plus riche et une plus grande souplesse d’interprétation.
Cette transformation s’inscrit pleinement dans l’évolution de l’instrument et dans son adaptation aux nouveaux usages du grand orgue, notamment aux activités culturelles, aux concerts, aux actions pédagogiques.


Illustrations non contractuelles : évolution de la console avec quatre plans sonores et meuble entièrement mobile.


VUE EN PLAN DE L'ÉGLISE SAINT-MALO DE VALOGNES
Position de la console fixe dans la nef (ÉTAT EXISTANT)
VUE EN PLAN DE L'ÉGLISE SAINT-MALO DE VALOGNES
Positions de la console devenue mobile (ÉTAT PROJETÉ)

État existant
État projeté

Bien que le Cromorne ne figure pas dans la composition d’origine, il était bien prévu dans le devis
de construction. Il n’a finalement pas été installé pour des raisons d’économie.
7 - Remontage, accord et harmonisation des tuyaux


Photo de Pascal Moraweck (années 80, Valognes) : Tuyaux de la Chamade.
Après les travaux, plusieurs mois seront nécessaires au remontage
de l’orgue et à la remise en place de chacun des tuyaux dans
sa structure. Le facteur d’orgues chargé du chantier procédera ensuite, à l’oreille, à l’accord de l’ensemble de la partie instrumentale et réalisera un rodage progressif de la mécanique et de l’électronique.
Un orgue est un instrument vivant, composé de matériaux naturels tels que le bois, le métal et le cuir. Après sa restauration, chacun
de ces matériaux doit progressivement retrouver son équilibre
et s’adapter à l’hygrométrie du bâtiment. Une période de mise
au point et de stabilisation est donc indispensable afin de permettre à l’instrument de retrouver toutes ses qualités. Le facteur d’orgues assurera enfin les derniers réglages et la mise au point générale
de l’ensemble de la mécanique et de l’instrument.